Les demi-finales ont donc rendu leur verdict. La finale de Ligue des Champions opposera Manchester City à Chelsea. Les deux clubs anglais ont dominé leurs adversaires respectifs et et ont mérité leur qualification.

Cette deuxième manche n’a fait qu’accentuer ce qu’on avait commencé à voir la semaine dernière, ces Blues là avait une classe d’écart. A Stamford Bridge, Chelsea a donné une leçon de football au Real Madrid. Dans toutes les facettes du jeu, les hommes de Thomas Tuchel ont pris le dessus sur des madrilènes dépassés, en manque de rythme et incapables de répondre.

La clé du match – Tuchel : la leçon tactique

Sur ces 90 minutes, l’ancien coach du PSG a encore surclassé son homologue. Son 3-4-3, avec Chilwell et Azpilicueta en pistons, a parfaitement fonctionné. Sa défense axiale a fait le boulot : Christensen a assuré, tandis que Rüdiger et Thiago Silva n’ont rien laissé passer. Une défense à cinq quasiment pas dérangée, et qui a su rester compact lors des phases de possessions adverses. Edouard Mendy lui a été impeccable sur le peu situations dangereuses, comme la frappe de Benzema (26e), sa tête (36e) ou le tir d’Eden Hazard (64e).

Kanté, on y reviendra, a marqué de sa patte cette rencontre. Un impact physique supérieur, une capacité à se projeter aisément, le milieu londonien a éteint le trio légendaire d’en face. Devant, Mount et Harvetz, puis Pulisic à son entrée, ont bien exploité les énormes boulevards laissés. Werner lui, a montré pourquoi il avait la confiance du coach. Avec une présence assumée dans la surface, un rôle de pivot bien exploité, des qualités de remises et des appels exploitables, l’allemand a pesé sur la défense axiale de Zidane.

La différence de niveau a sauté aux yeux. De trop nombreuses fois, les Blues ont pu se projeter rapidement jusqu’à la surface de Courtois. Le gardien belge a sauvé les siens devant Harvetz, Mount et Kanté avant d’encaisser le deuxième but. Avec l’apport offensif des milieux, la vitesse des ailiers et le rôle des pistons bien huilés, les madrilènes ont subi des vagues tout le long du match. Aussi bien que le score aurait pu être plus lourd. Le tacticien allemand a gagné son pari et continue sa folle série à la tête des Blues.

L’Homme du match : N’Golo Kanté

Comme à Madrid, l’ancien caennais a totalement dominé la bataille du milieu de terrain. Avec un rôle un peu plus offensif qu’à l’accoutumé, le numéro 7 a signé une performance de haute volée. D’abord à la récupération, entre ses retours dévastateurs et ses interceptions, il a sans cesse agressé les pieds du milieu madrilène. A chaque prise de balle, Kanté a su perforer le milieu blanc. Avec un pressing haut par séquence, cela lui a permis de récupérer des ballons plus proches du but, et de pouvoir vite se projeter vers l’avant. Souvent disponible dans les intervalles, ses projections puis sa fixation des défenseurs ont amené une multitude d’ actions, dont les deux buts. C’est incontestablement l’homme de ces demi, une performance de maestro, vivement l’Euro !

La stat – 8

Pour la huitième fois dans l’histoire de la Ligue des Champions, la finale opposera deux clubs d’un même pays. C’est la cinquième fois sur neuf depuis 2013.

2000 Real – Valence

2003 Milan AC – Juventus

2008 Man United – Chelsea

2013 Bayern – Dortmund

2014/2016 Real – Atletico

2019 Liverpool – Tottenham

2021 Chelsea – Man City

L’analyse – Les erreurs de Zidane, la fin de cycle du Real

Zidane lui, s’est totalement trompé. A insister sur son 3-5-2, il n’a fait que reproduire les mêmes errances qu’au match aller. Les relations entre Nacho et Militao et leurs pistons respectifs : Mendy et Vinicius, ont été un gouffre. Les positionnements incompréhensibles de ces pistons ont créés des espaces immenses sur les côtés, où se sont régalés Mount, Harvetz et Pulisic. Difficile de tomber ce soir sur Vinicius, perdu dans ce rôle qu’il ne maîtrise pas, lâché en demi-finale de LdC. Ramos n’a pas été irréprochable non plus. Mais de retour de blessure, et à aujourd’hui 35 ans, difficile de l’accabler lui aussi.

Le trio du milieu confirme son déclin logique, avec un manque d’impact et de qualité technique qui s’est fait ressentir. Agressé à la relance, pas aidés par les joueurs de couloirs à contre-temps, ils n’ont pas réussi à faire peser leurs qualités de création. En phase de possession, le bloc solide et compact de Chelsea laissait peu d’espaces. Comme au match aller, l’animation offensive était proche du néant. Devant, Benzema était encore trop seul, et doit toujours attendre la présence d’Eden Hazard, fantomatique. Avec Vinicius qui n’a pesé nul part, il était difficile de se créer des occasions.

C’est certainement la plus mauvaise double-confrontation de Zidane sur le banc du Real Madrid. Son 4-3-3 aligné contre Liverpool donnait encore l’illusion d’une certaine maîtrise, car il était justement maîtrisé par les joueurs. Mais ce 5-3-2 mis en place sur les deux rencontres n’a montré aucun signe d’aboutissement. Après tout, l’erreur est humaine. Zidane n’est pas (encore) un fin tacticien. Mais le manque d’adaptation est déroutant : aucun changement de tactique durant les 180 minutes, aucune entrée donnant un second souffle.

Cette élimination marque certainement la fin d’un cycle qui semble inéluctable chez la Casa Blanca. Ramos, Marcelo, Casemiro, Kroos, Modric sont vieillissants et ne pourront pas sauver les meubles éternellement. Les mauvais investissements n’ont pas permis au Real de se reformer un effectif jeune et compétitif. Dans ce contexte, l’avenir de Zizou sur le banc va évidemment se poser. L’été promet d’être mouvementé chez Florentino Perez.

Tuchel poursuit son énorme travail depuis son arrivée à Londres. Après avoir ramené le club en 4e position, puis en finale de FA Cup, il emmène ses Blues en finale de Champions League. A Istanbul, il retrouvera Pep Guardiola et Manchester City, en quête de son premier trophée européen. Dans trois semaines, on espère que les deux tacticiens et leur formation nous livreront une finale d’anthologie. En attendant, on pourra les retrouver face à face samedi en Premier League.